Covid-19 : Quand la dénutrition guette…

Nov 23, 2020 par

Cette année, pandémie oblige, une conférence interactive organisée dans le cadre de la semaine nationale de la dénutrition, s’est penchée sur le lien entre COVID-19 et dénutrition, en particulier chez les personnes âgées. Il faut dire que le SARS-CoV-2 peut provoquer des symptômes favorisant cette dénutrition à tous les stades de la maladie voire même pendant la convalescence. D’où l’intérêt de faire preuve d’une vigilance accrue auprès des personnes à risque.

une personne âgée mettant son masque contre la Covid-19

Une enquête inédite sur le lien entre Covid-19 et dénutrition

Cette année, pandémie oblige, la semaine nationale de la dénutrition s’est intéressée au lien entre COVID-19 et dénutrition. Une enquête inédite intitulée NutriCovid30 a été présentée à cette occasion. Menée dans 11 établissements de santé français, cette enquête a inclus 403 patients ayant été hospitalisés pour COVID-19 entre mars et juin 2020 :

  • Parmi ces patients, 63 % étaient des hommes et 37 % étaient des femmes;
  • L’âge médian de ces patients était 62 ans avec un écart d’âge important (22 à 97 ans);
  • La durée médiane du séjour à l’hôpital était de 13 jours, avec des écarts importants selon les patients (de 1 à 97 jours);
  • 1 patient sur 3 avait été pris en charge en réanimation.

L’ensemble des patients inclus dans cette enquête ont été contactés par téléphone 30 jours après leur retour à domicile. Les résultats de cette étude ont été présentés lors d’une conférence interactive par sa coordinatrice, Marie-France Vaillant, diététicienne-nutritionniste au CHU de Grenoble.

Dénutrition des patients Covid+ hospitalisés

Il ressort de cette enquête que près de 7 patients hospitalisés sur 10 ont souffert de dénutrition avec des signes oro-digestifs particulièrement fréquents :

  • Perte d’appétit, troubles digestifs (comme la diarrhée), modifications du goût et de l’odorat pour 58 à 78 % des patients;
  • Aversions alimentaires, douleurs à la bouche, nausées et/ou vomissements, difficultés pour déglutir ou pour boire pour 19 à 47 % des patients;
  • Perte de poids moyenne de 8 %;
  • Dénutrition avérée pour 67 % des malades durant la période de leur hospitalisation

À savoir ! La mise en évidence d’une dénutrition nécessite l’intervention d’un diététicien ou d’un médecin pour la prescription de compléments nutritionnels oraux. L’hydratation devra être augmentée en cas de fièvre, une alimentation fractionnée pourra être proposée en cas de troubles respiratoires et les textures alimentaires pourront être adaptées en cas de troubles du goût ou de difficultés à avaler.

Par ailleurs, cette enquête a mis en évidence que la dénutrition peut persister pendant la période de convalescence. Ainsi, un mois après le retour à domicile, 47 % des malades étaient encore dénutris et 1 malade sur 4 présentait toujours des difficultés à s’alimenter avec :

  • Extrême fatigue, toux ou difficultés respiratoires et douleurs persistant 1 mois après le retour à domicile pour 24 à 39 % des personnes interrogées;
  • Perte d’appétit, modification du goût et de l’odorat, nausées/vomissements, difficultés à avaler et à boire, douleurs buccales pour 10 à 22 % des patients.

Ces résultats mettent en relief l’importance capitale de communiquer sur la dénutrition liée à la COVID-19. Car le risque de dénutrition s’avère très important (4 personnes sur 10 à un mois) à tous les stades de la maladie et concerne les personnes de tous âges. De ce fait, il est primordial de ne surtout pas minimiser une perte de poids rapide, en particulier chez les sujets à risque (âgés, diabétiques, obèses, etc.).

L’importance de la surveillance des personnes âgées

Parmi les sujets à risque, les personnes âgées nécessitent une vigilance renforcée. C’est tout le propos du docteur Samuel Sanchez. Ce gériatre-nutritionniste à l’hôpital Bichat, alerte effectivement sur le fait que la dénutrition est capable d’influencer le pronostic des patients. En provoquant une augmentation importante des besoins en énergie, l’infection par le SARS-CoV-2 favorise la fonte musculaire, elle-même aggravée par l’alitement et l’immobilisation du patient. Dans ce contexte, il semble donc judicieux de procéder au dépistage d’une sarcopénie après un épisode de COVID-19. Le but étant de mettre en place une activité physique adaptée au profil du patient.

À savoir ! Liée au vieillissement, la sarcopénie correspond à la perte progressive et généralisée de la masse, de la force et de la fonction musculaire.

Quant aux personnes âgées confinées à leur domicile, elles ne doivent pas être oubliées. La mise en place d’une surveillance psychologique et d’un approvisionnement en repas peut être envisagée. Si les preuves de l’impact positif de la vitamine D sur l’évolution de la COVID-19 n’ont pas encore été apportées, cette période de confinement et la prochaine arrivée de l’hiver doivent également être l’occasion de supplémenter les personnes âgées en vitamine D.

À savoir ! La vitamine D est connue pour jouer un rôle dans l’immunité ainsi que pour ses propriétés bénéfiques pour les muscles et les os.

Une vigilance accrue des professionnels de santé sensibilisés aux risques de la dénutrition liés à la Covid-19 devrait ainsi permettre une prise en charge efficace de cette problématique aux différents stades de la maladie.

Déborah L., Docteur en Pharmacie

Sources
– Dénutrition et Covid-19 : des troubles qui peuvent persister. Vidal Actualités. Consulté le 19 novembre 2020.
Deborah L.
Pharmacienne.
Spécialisée dans les domaines de la santé, de la nutrition et de la cosmétologie.
Passionnée par l'écriture, elle sait allier la rigueur scientifique à la beauté de notre langue.

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