Ce qu’il en est… Structures hospitalières spécifiques


Ce qu’il en est…

Dénutrition chez l'enfant à l'hôpital : Fréquence et enjeuxFréquence et enjeux
  1. La dénutrition peut être antérieure à l’hospitalisation ou être acquise lors d’une hospitalisation. La dénutrition peut survenir même chez un enfant dont le poids et la taille étaient normaux lors de l’entrée à l’hôpital.
  2. Loin d’être un phénomène exceptionnel, on estime que 15% à 30% des enfants hospitalisés (et jusqu’à 50% dans certaines études) souffrent de dénutrition. Contrairement à ce que l’on serait en droit d’espérer des « progrès de la médecine », la dénutrition hospitalière est aussi importante actuellement qu’il y a une vingtaine d’années.
  3. Les facteurs de risque de dénutrition au cours d’une hospitalisation sont :
    • La pathologie de l’enfant
    • La durée et le lieu de l’hospitalisation
    • Le jeune âge de l’enfant (plus l’enfant est jeune, plus il est à risque)
    • Le degré de formation et d’implication du personnel hospitalier face aux problèmes de dénutrition en pédiatrie.
  4. Un enfant hospitalisé dénutri présente un risque plus élevé de morbidité (maladie) et de mortalité. De plus, la dénutrition augmente la durée du séjour hospitalier et le coût de celui-ci.
  5. L’état nutritionnel d’un enfant doit donc faire l’objet d’une surveillance stricte et constante tout au long du séjour à l’hôpital.

Dénutrition chez l'enfant à l'hôpital : CausesLes causes de dénutrition à l’hôpital

La première cause potentielle de dénutrition est la pathologie elle-même, qu’il s’agisse d’une pathologie aiguë ou de la dégradation d’une pathologie chronique, somatique ou psychiatrique.

Les soins prodigués à l’hôpital doivent être de nature à anticiper et prévenir cette dénutrition, la corriger si elle existe, et non pas à l’aggraver.

Cependant, l’univers hospitalier est en lui-même à l’origine de nombreux facteurs de risque de dénutrition de l’enfant tels que :

  1. Le stress lié à l’entrée dans un environnement inconnu dans lequel l’enfant perd ses repères habituels,
  2. L’absence des parents,
  3. La réalisation d’examens parfois effrayants, imposant parfois le jeûne ou dont les horaires interfèrent avec ceux des repas,
  4. La douleur,
  5. Le risque de contracter une infection dite nosocomiale, source de stress et de dénutrition,
  6. L’administration de traitements potentiellement lourds à l’origine d’une anorexie ou de troubles digestifs,
  7. Le manque de disponibilité du personnel hospitalier et la multiplication des intervenants,
  8. Le manque de formation des soignants dans le domaine de la Nutrition.

Prévention de la dénutrition
  1. La prévention de la dénutrition chez l’enfant hospitalisé exige d’identifier des facteurs de risque, afin de permettre la prise en charge précoce des enfants les plus à risque avant que la dénutrition ne s’installe. Il est important de comprendre qu’un enfant peut être non dénutri et pourtant à haut risque de le devenir.
  2. Une étude réalisée en 2000 dans un hôpital pédiatrique avait pour objectif de déterminer les principaux facteurs de risque et de mettre au point un score permettant de quantifier le risque, simple, et reproductible.
  3. L’étude a porté sur 296 enfants hospitalisés. La ration alimentaire prescrite était déterminée par les médecins et les diététiciennes en fonction de la pathologie de l’enfant.
  4. La gravité de la pathologie de l’enfant était classée en :
    • légère (cotée 0) correspondant par exemple à la réalisation d’examens, des infections sans gravité, une chirurgie mineure…
    • moyenne (cotée 1) correspondant par exemple à des infections sévères mais ne mettant pas en jeu le pronostic vital, une chirurgie classique, des fractures, une maladie chronique sans poussée aiguë, ou une maladie intestinale chronique.
    • sévère (cotée 3) correspondant par exemple aux cancers, au SIDA, aux chirurgies majeures, aux blessures multiples ou brûlures graves, à une poussée aiguë d’une maladie chronique, à une dépression majeure.
    • La consommation alimentaire était relevée quotidiennement.
    • L’évolution du poids en cours d’hospitalisation était notée.
    • L’existence d’une douleur, quantifiée par l’échelle appropriée à l’âge, était prise en compte.
  5. À l’issue de cette étude, les facteurs de risque identifiés pour la survenue d’une dénutrition sévère en cours d’hospitalisation étaient : la sévérité de la maladie, la réduction de la consommation alimentaire en-dessous de 50% de la ration alimentaire prescrite, et la douleur.
  6. Ces facteurs de risque ont été combinés pour construire le score de risque comme suit :
    Gravité de la maladie cotée comme ci-dessus en 0,1 ou 3
    Présence d’une douleur : cotée 1
    Réduction de la consommation alimentaire : cotée 1 si inférieure à 50% de la ration prescrite.
    Ainsi, le niveau de risque est coté de 0 à 5 (au maximum : pathologie sévère avec douleur et réduction de la consommation alimentaire à moins de 50% de la ration prescrite).

Dénutrition chez l'enfant à l'hôpital : DépistageDépistage de la dénutrition
  1. Le dépistage de la dénutrition et du risque nutritionnel pour l’enfant hospitalisé passe par une sensibilisation des médecins, puéricultrices, auxiliaires de puériculture et diététiciennes. Chaque personnel soignant doit recevoir une formation adaptée.
  2. Ceci nécessite aussi la présence au sein des services hospitaliers d’un matériel fiable, balances adaptées à l’âge et éventuellement à la pathologie (« chaises-balances pour les grands enfants qui ne peuvent pas tenir debout, balances « araignées » en réanimation). Ce matériel doit être régulièrement vérifié.
  3. Les conditions de mesure du poids et de la taille doivent être bien établies afin d’éviter les erreurs car si une cinquantaine de grammes compte peu pour un patient adulte, il n’en est pas de même pour un nourrisson. Ainsi, par exemple, un enfant doit être pesé sans couche s’il s’agit d’un nourrisson, ou en sous-vêtement pour un grand enfant, dans des conditions connues et reproductibles (par exemple le matin, à jeun, après avoir uriné…).


Structures hospitalières spécifiques

Dénutrition chez l'enfant à l'hôpital : le CLANLe CLAN
  1. Le CLAN, ou comité de liaison alimentation-nutrition (CLAN) est une structure hospitalière, « transversale » c’est-à-dire intéressant tous les services, dédiée à l’organisation de la prise en charge nutritionnelle à l’hôpital.
  2. Depuis 1995, ont été mis en place dans les hôpitaux français ces groupes de travail réunissant des représentants de toutes les catégories de professionnels de santé impliqués dans la prise en charge alimentaire de l’enfant hospitalisé, et, au-delà des personnels de santé, les responsables administratifs et de restauration. Le but du CLAN est d’améliorer et d’homogénéiser les pratiques dans tous les aspects de la nutrition à l’hôpital. Au sein du CLAN sont développés des protocoles, référentiels et recommandations pouvant être utilisés dans les différentes unités de soins.

Dénutrition chez l'enfant à l'hôpital : L’Unité Transversale de NutritionL’Unité Transversale de Nutrition
  1. L’Unité Transversale de Nutrition Clinique est une structure, présente dans certains hôpitaux, dédiée à la prise en charge clinique de la dénutrition.
  2. Le principe d’une telle équipe est de permettre à tous les patients hospitalisés de bénéficier de la compétence de professionnels spécialistes de la Nutrition : médecins, diététiciens ou infirmiers. L’intérêt médical et économique de ces structures a été démontré, car elles permettent non seulement d’améliorer la qualité des soins, mais aussi de réduire la durée et le coût de l’hospitalisation.