Dénutrition : des progrès à faire pour les séniors

Jan 20, 2019 par

La dénutrition chez les séniors, en particulier celles en situation de dépendance, constitue un enjeu majeur de santé publique. Pourtant, pour différentes raisons, elle est encore trop souvent mal diagnostiquée et mal prise en charge par les professionnels de santé. C’est ce que révèle une récente étude, menée en Alsace, suite à la mise en place en 2007 de recommandations spécifiques de la Haute Autorité de Santé.

dénutrition chez les séniors

Dépistage et prise en charge de la dénutrition chez les séniors

En 2007, la Haute Autorité de Santé (HAS) a établi une stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée, à destination des professionnels de santé. La dénutrition représente un problème majeur chez les séniors, car elle peut entraîner de graves conséquences, comme des chutes, des malaises, des pathologies ou encore une perte d’autonomie.

Dans ces recommandations, la HAS a défini les modalités de dépistage et de prise en charge de la dénutrition chez les séniors. Le médecin traitant occupe une place centrale dans ce dispositif. En pratique, les médecins généralistes semblent pourtant éprouver des difficultés à mettre en application ces recommandations, pour plusieurs raisons :

  • Un manque de formation et d’information sur la dénutrition et sa prise en charge ;
  • Un manque de temps lors des consultations.

Pour mieux évaluer le dépistage et la prise en charge de la dénutrition sur le terrain, une étude a été menée en Alsace entre juillet 2014 et juin 2015, auprès de 100 médecins généralistes, sollicités pour répondre à un questionnaire anonyme constitué de 45 questions.

Un dépistage qui passe trop souvent au second plan

Près de 40 % de la population médicale interrogée exerçaient depuis au moins 20 ans et plus de 30 % des médecins estimaient qu’entre 21 et 40 % de leurs patients avaient plus de 70 ans. En moyenne, ils considéraient qu’environ 1 patient sur 10 de plus de 70 ans était dénutri en France.

Moins de 70 % des médecins interrogés considèrent le dépistage de la dénutrition comme une priorité et seulement 54 % effectuent un dépistage systématique chez les séniors. Pourtant, les recommandations de la HAS de 2007 préconisent un dépistage :

  • Chez toutes les personnes âgées : une fois par an en ville, une fois par mois en institution et à chaque hospitalisation ;
  • Chez les séniors à risque de dénutrition (personnes atteintes de maladies graves, problèmes psychiatriques, accidents de la vie, …) : le plus fréquemment possible.

Ces recommandations ne sont connues que de 60 % des médecins interrogés, qui réclament davantage de formation sur ce sujet. Le dépistage de la dénutrition repose sur différents outils :

  • La mesure du poids corporel total ;
  • Le calcul de l’Indice de Masse Corporelle (IMC) ;
  • L’utilisation d’un questionnaire spécifique, tel que le Mini Nutritional Assessment® (MNA) ;
  • Un dosage sanguin du taux d’albumine (albuminémie).

Une prise en charge précoce est plus efficace

Une fois la dénutrition diagnostiquée chez une personne âgée, les médecins se conforment-ils aux préconisations de la HAS ? La quasi-totalité des médecins interrogés dans l’étude prescrit des compléments nutritionnels oraux et 85 % prodiguent des conseils diététiques au patient.

La HAS a défini plusieurs modalités de prise en charge, en fonction des apports alimentaires spontanés, du statut nutritionnel et de la gravité de la dénutrition :

  • Une simple surveillance médicale ;
  • Des conseils diététiques ;
  • Une alimentation enrichie et/ou complétée par des compléments nutritionnels oraux ;
  • Le recours à une nutrition entérale (utilisation d’une sonde naso-gastrique pour alimenter une personne).

En pratique, deux types de dénutrition sont pris en compte par les spécialistes :

  • La dénutrition, dans les cas suivants : perte de poids d’au moins 5 % en 1 mois ou d’au moins 10 % en 6 mois, un IMC inférieur à 21, une albuminémie inférieure à 35 g/litre ou un MNA global inférieur à 17 ;
  • La dénutrition sévère, dans les cas suivants : perte de poids supérieure ou égale à 10 % en 1 mois ou à 15 % en 6 mois, un IMC inférieur à 18 ou une albuminémie inférieure à 30 g/litre.

Les résultats de cette étude témoignent de la nécessité d’une meilleure information et formation des médecins généralistes aux modalités de dépistage et de prise en charge de la dénutrition chez la personne âgée. Un aspect essentiel de la santé des séniors !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Synthèse des recommandations professionnelles. Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée. HAS. Avril 2007.
– Modalités de dépistage de la dénutrition chez les patients âgés : étude auprès de 100 médecins généralistes de l’Eurométropole de Strasbourg. Clerc, C. and al. 2017. NPG Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie 17 :318-324.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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