Les infections pourraient jouer un rôle dans le développement de l’anorexie ou de la boulimie

Jun 3, 2019 par

Les causes précises des troubles alimentaires, comme l’anorexie mentale ou la boulimie, restent encore en partie mystérieuses. Une récente étude, publiée dans la revue scientifique JAMA Psychiatry, s’est penchée sur le rôle possible des infections dans le développement de ces troubles.

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A l’origine des troubles alimentaires

De plus en plus d’équipes de recherche s’intéressent au rôle des infections dans le développement de certaines pathologies psychiatriques. Jusque-là, aucune ne s’était penchée sur le cas des troubles alimentaires, tels que :

Des chercheurs danois ont récemment mené une étude sur le lien éventuel entre les infections et le développement des troubles alimentaires. Dans cette étude, ils ont analysé les données disponibles sur l’ensemble des filles nées entre 1989 et 2006, et suivies jusqu’en 2012. Leurs travaux ont notamment porté sur les associations entre :

  • Des soins liés à une infection (hospitalisation ou prescription de médicaments anti-infectieux) ;
  • Le diagnostic ultérieur d’un trouble alimentaire.

Un lien possible entre infection et trouble alimentaire

Au total, plus de 500 000 filles ont été suivies, parmi lesquelles :

  • 2 131 ont reçu un diagnostic d’anorexie mentale ;
  • 711 un diagnostic de boulimie ;
  • 1 398 un diagnostic de trouble alimentaire non spécifié.

Par rapport aux filles sans antécédents d’hospitalisation pour infection, les chercheurs ont observé que l’existence d’une infection sévère ayant nécessité une hospitalisation était associée à une augmentation significative d’un diagnostic ultérieur de trouble alimentaire :

  • + 22 % pour l’anorexie mentale ;
  • + 35 % pour la boulimie ;
  • + 39 % pour les troubles alimentaires non spécifiés.

Le risque de développer un trouble alimentaire s’avérait maximal dans les trois premiers mois suivant l’hospitalisation. Dans le cas des troubles alimentaires non spécifiés, le risque augmentait également avec le nombre d’hospitalisations pour infection.

Ce lien entre infection et trouble alimentaire ne se limitait pas aux infections sévères. Les filles ayant reçu au moins trois prescriptions d’antibiotiques pendant le suivi étaient exposées à un risque majoré de développer un trouble alimentaire, en particulier dans les trois mois après la prescription. A nouveau, plus les prescriptions d’antibiotiques étaient nombreuses, plus le risque était élevé, et ce pour tous les troubles alimentaires considérés.

Un lien de causalité qui reste à démontrer

Les résultats de cette étude semblent indiquer un lien entre les infections et le développement de troubles alimentaires. Cependant, ils ne permettent pas d’établir un lien direct de causalité entre les deux pathologies. De plus, les données analysées ne portent que les troubles alimentaires ayant fait l’objet d’un diagnostic et d’une prise en charge. Or selon les estimations, près de la moitié des troubles alimentaires ne seraient jamais diagnostiqués. Enfin, l’étude ne concernait que les filles, alors que les garçons peuvent également être touchés.

Néanmoins, cette étude apporte des premiers éléments en faveur d’un lien entre les infections sévères ou à répétition et le développement des troubles alimentaires, comme l’anorexie mentale ou la boulimie. Des premiers éléments qui méritent d’être davantage explorés pour mieux comprendre les causes de ces troubles.

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Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Association of Exposure to Infections in Childhood With Risk of Eating Disorders in Adolescent Girls. Jamanetwork. Consulté le 29 mai 2019.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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